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Amstel Gold Race : Le triomphe renversant de Mathieu van der Poel !

Quel final, et quel vainqueur ! L’Amstel Gold Race a ce dimanche offert un dénouement complètement fou pour son édition 2019. Le chouchou du public et le favori des bookmakers Mathieu van der Poel (Corendon-Circus) est parvenu à s’octroyer une victoire mémorable et historique après les 266 kilomètres de course, et ce alors que Julian Alaphilippe (Deceuninck-Quick Step) et Jakob Fuglsang (Astana) avaient toutes les clés pour se jouer la victoire. Les deux hommes se sont trop observés dans le final et ont favorisé le retour de plusieurs coureurs dans les derniers hectomètres. Membre d’un groupe de contre, le prodige néerlandais a opéré la jonction in-extremis puis a largement dominé le sprint final, devenant le premier Néerlandais vainqueur de l’Amstel Gold Race depuis 2001 et Erik Dekker. Il devance sur la ligne Simon Clarke (EF Education First) et Jakob Fuglsang, inscrit la plus belle ligne à son palmarès, qui comptait déjà cette année À Travers la Flandre et la Flèche Brabançonne, mais imite également son père Adrie vainqueur de l’Amstel en 1990.

Une vingtaine de kilomètres sont nécessaires ce dimanche matin, peu après 10h30, pour voir une échappée se dégager sur les routes du Limbourg. Ils sont huit, dans un premier temps, à prendre les devants :  Michael Schär (CCC), Nick van der Lijke (Roompot-Charles), Paolo Simion (Bardiani-CSF), Grega Bole (Bahrain-Merida), Julien Bernard (Trek-Segafredo), Marcel Meisen (Corendon-Circus), Thomas Sprengers, Aaron Verwilst (Sport Vlaanderen Baloise). Le peloton décide de faire rideau mais d’autres coureurs émettent alors des velléités à rejoindre la tête de la course. Il y a d’abord Tom Van Asbroeck (Israel Cycling Academy), qui reste en poursuite pendant une dizaine de minutes avant de rentrer. Mais derrière sortent également deux hommes de la Wanty-Groupe Gobert, à savoir Marco Mignard et Jérôme Baugnies. Puis, alors que le peloton laisse l’écart grandir à sept minutes, ce duo de poursuivants doit s’employer pour rejoindre l’échappée initiale. Il est finalement midi tout pile lorsque le regroupement en tête s’opère, après 45 minutes de poursuite, et peu après la première ascension du Cauberg. Restent alors plus de 200 kilomètres à parcourir et le paquet se contente de stabiliser l’avance de l’échappée autour des sept minutes. La course s’installe dans un schéma assez monotone, et l’écart est d’ailleurs quasiment le même à la mi-course.

Dans le peloton, ce sont principalement les formations Lotto-Soudal et Astana qui prennent leurs responsabilités, parfois relayées par Deceuninck-Quick Step et Sunweb. À l’approche des cent dernières bornes, le peloton augmente progressivement l’allure et réduit l’écart à cinq minutes, alors que près des deux tiers des difficultés du jour sont déjà avalés. L’échappée perd Paolo Simion avant le deuxième passage sur le Cauberg, l’Italien étant victime de crampes, et franchit la ligne quelques hectomètres plus loin avec un peu plus de quatre minutes d’avance sur le paquet. On entre alors dans les deux dernières heures de course, et l’intensité redouble. Le peloton insiste, avec la formation Astana en particulier, qui ramène l’écart sous les trois minutes à 65 bornes de la ligne, et à moins de deux minutes dix kilomètres plus loin.La menace se fait de plus en plus forte pour l’échappée et Julien Bernard, qui le sent bien, décide de relancer l’allure l’entrée dans les cinquante derniers kilomètres. Sauf que dans le peloton aussi, ça commence à bouger. Et à 43 kilomètres de l’arrivée, dans le Gulperberg, c’est Mathieu van der Poel (Corendon-Circus) en personne qui passe à l’offensive ! Le Néerlandais déclenche les hostilités très tôt et crée une brèche. Gorka Izagirre doit s’employer pour revenir dans sa roue et le duo prend immédiatement vingt secondes sur le reste du peloton, où la Deceuninck-Quick Step s’active en poursuite.

L’aventure de Van der Poel ne dure au final que cinq minutes. Ne parvenant pas à faire le jump sur l’échappée et son coéquipier, le champion des Pays-Bas se relève afin de ne pas gaspiller plus de force. Mais la course est bel et bien lancée, et les évènements suivants le démontrent de la plus belle des manières. À 38 kilomètres du but, c’est le Kruisberg qui se présente face aux coureurs, et c’est cette fois la Deceuninck-Quick Step qui opère les grandes manoeuvres. Dries Devenyns imprime un énorme tempo et emmène avec lui … Julian Alaphilippe. Les deux hommes ne sont suivis que par Matteo Trentin (Mitchelton-Scott) et Jakob Fuglsang (Astana). Derrière, le trou est fait sur un peloton visiblement surpris par cette vive accélération, et le quatuor s’en va reprendre les rescapés de l’échappée. À peine revenu sur la tête de la course, Alaphilippe prend lui-même ses responsabilités et place un énorme démarrage dans l’Eyserbosweg. Le puncheur français se déleste de Trentin, mais Fuglsang parvient lui à revenir au train à l’approche du sommet. Il reste alors 35 bornes à parcourir et un duo mène les débats. Derrière, des contres s’opèrent, et ce sont Michal Kwiatkowski (Team Sky) et Michael Woods (EF Education First) qui sont les plus prompts à partir en chasse. Le duo revient sur Trentin à une vingtaine de secondes des hommes de tête. Un peu plus loin, c’est un « peloton » d’à peine 25-30 unités qui naviguent déjà à une quarantaine de secondes.

À l’entrée dans les trente derniers kilomètres, Fuglsang et Alaphilippe ne comptent que 15 secondes d’avance sur le trio de poursuivants, mais ils continuent de collaborer et ne comptent pas laisser leurs adversaires rentrer facilement.  Ils les contraignent à s’employer, et cela fait d’ailleurs craquer Woods dans le Keutenberg. C’est une lutte entre deux duos qui s’installe alors, et l’écart reste d’environ 15-20 secondes. Derrière, le peloton est complètement désorganisé et personne ne souhaite réellement emmener. Les contres se succèdent et il faut finalement que la Bora-hansgrohe et Maximilian Schachmann et l’équipe EF Education First de Simon Clarke et Alberto Bettiol viennent rouler pour donner un semblant de cohésion. Les coureurs s’en vont en tout les cas aborder la dernière ascension du Cauberg à vingt bornes de la ligne, et Alaphilippe ainsi que Fuglsang ne l’entament qu’avec cinq secondes sur Kwiatkowski et Trentin. Sauf que le Danois ne compte décidément pas laisser rentrer et imprime une allure si intense qu’elle repousse les poursuivants à près de 30 secondes au passage sur la ligne, quelques hectomètres plus loin. La différence semble faite pour de bon en faveur du duo de tête, qui entame les 15 derniers kilomètres avec une demi-minute sur le duo de poursuite et environ 50 secondes sur un « peloton » duquel sort Maximilian Schachmann, puis Simon Clarke et Bauke Mollema.

Ne reste plus que deux bosses à franchir et dans l’avant-dernière, peu après le Cauberg, Kwiatkowski se défait de Trentin et s’en va tenter d’aller chercher Fuglsang et Alaphilippe. Le Polonais se rapproche à environ 15 secondes à la faveur d’une petite observation entre les deux hommes de tête. Mais lorsque ceux-ci reprennent leur collaboration, l’ancien champion du monde plafonne et décide finalement d’attendre Trentin pour mener la chasse. À un troisième échelon, Schachmann insiste seul, suivi quelques secondes derrière par Clarke et Mollema, puis par Romain Bardet (AG2R-La Mondiale) et Rudy Molard (Groupama-FDJ). Après quelques instants en chasse-patate, ce dernier se relève néanmoins et c’est Bjorg Lambrecht (Lotto-Soudal) qui part à son tour en contre. Pendant ce temps, les deux hommes de tête arrivent dans l’ultime bosse du jour, à sept kilomètres de la ligne. C’est le même choisi, logiquement, par Jakob Fuglsang pour jouer son va-tout. Le Danois accélère fortement mains en bas du guidon, mais Alaphilippe s’accroche, bien qu’en serrant les dents. Sur le sommet, le Danois en remet une, mais ne parvient pas à prendre à défaut le Français, qui semble en maitrise. À la sortie de cette bosse, surtout, le duo voit son avantage grimper à 45-50 secondes sur Kwiatkowski et Trentin, bien plus en difficulté. Il reste alors six kilomètres et on voit mal la victoire échapper à l’un des deux.

Derrière, on aperçoit Mathieu van der Poel repartir à l’offensive, et il reprend d’ailleurs Lambrecht et Bardet sur sa route, mais emmène aussi Valentin Madouas (Groupama-FDJ) dans sa tentative. On pense alors que ce sont les places d’honneur qui se jouent, mais en tête, la coopération n’est plus du tout d’actualité entre Alaphilippe et Fuglsang. Le coureur d’Astana tente à nouveau de lâcher le Français, sur le plat, mais n’y parvient pas. Et refuse alors de passer des relais. Le vainqueur de Milan-Sanremo tente de maintenir une petite allure, mais les écarts se resserrent alors à tous les échelons de la course. À 3 bornes de l’arrivée, l’écart n’est plus que de trente secondes entre le duo de tête et le premier contre. Alaphilippe et Fuglsang s’observent beaucoup et les secondes s’égrènent… À moins de deux bornes se présente alors un faux-plat, lors duquel Schachmann parvient à rentrer sur Kwiatkowski et Trentin. C’est du moins ce qu’il croit, car le Polonais relance et s’en va seul à la poursuite du duo, qui n’est plus pointé qu’à une vingtaine de secondes. Mais ce n’est pas tout. En plus de Schachmann, ce sont également Clarke, Mollema, Bardet, De Marchi, Lambrecht, Madouas et … Van der Poel qui recollent à ce groupe dans les instants qui suivent. Tout est donc remis en question, d’autant qu’Alaphilippe et Fuglsang continuent de « jouer » et ne franchissent la flamme rouge qu’avec cinq secondes d’avance sur Michal Kwiatkowski. Et le reste de la « meute » est juste derrière.

Le Polonais ne met d’ailleurs pas longtemps à revenir dans le sillage des deux hommes de tête, bien trop attentistes dans le final, et il contre même à 800 mètres du but. Alaphilippe saute néanmoins dans sa roue et ramène Fuglsang avec lui. Les trois coureurs s’en vont se jouer la victoire … mais ils ne sont plus seuls dans la bataille. Quelques mètres derrière, dans le groupe des poursuivants, Mathieu van der Poel en personne fait l’effort pour boucher le trou à l’approche des 500 derniers mètres ! L’écart est infime alors que la ligne d’arrivée est en vue. Alaphilippe décide de patienter quelques instants supplémentaires mais se voit contraint de lancer son sprint à plus de 200 mètres de la ligne puisque, derrière, Van der Poel produit également son effort. Le Français, en avance, reste brièvement en tête mais le Néerlandais déboule ensuite sur la droite et ne laisse aucune chance à Alaphilippe, ni à quiconque. Paré du maillot de champion des Pays-Bas, le prodige batave s’en va régler avec autorité ce sprint final après un final complètement renversant et imprévisible. Dans la roue de Van der Poel pendant tout le sprint, Simon Clarke doit se contenter de la deuxième place tandis que c’est Jakob Fuglsang qui parvient à assurer la troisième place sur le podium. Julian Alaphilippe (Deceuninck-Quick Step) termine au pied du podium et se refera sans doute le scénario des derniers kilomètres pendant quelques jours.

Classement

1 Mathieu van der Poel (Corendon – Circus)
2 Simon Clarke (EF Education First)
3 Jakob Fuglsang (Astana)
4 Julian Alaphilippe (Deceuninck – Quick Step)
5 Maximilian Schachmann (BORA – hansgrohe)
6 Bjorg Lambrecht (Lotto Soudal)
7 Alessandro De Marchi (CCC)
8 Valentin Madouas (Groupama – FDJ)
9 Romain Bardet (AG2R La Mondiale)
10 Matteo Trentin (Mitchelton-Scott)

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