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Tour de Lombardie : Le jour de gloire de Bauke Mollema

Les Pays-Bas attendaient cela depuis 1981 et Hennie Kuiper. Et c’est Bauke Mollema qui a aujourd’hui mis un terme leur disette sur le Tour de Lombardie en s’imposant, à la surprise quasi-générale, dans les rues de Côme après 243 kilomètres de course. Le tout en solitaire ! À 32 ans, le coureur de la Trek-Segafredo s’offre ainsi sa plus grande victoire en carrière et son tout premier Monument. Parti seul, au bon moment, dans le Civiglio, le Néerlandais n’a jamais faibli mais a également profité d’une certaines neutralisation entre les grands favoris derrière. Alejandro Valverde (Movistar) a été le premier d’entre eux à franchir la ligne derrière Mollema, réglant au sprint Egan Bernal (Team Ineos) et Jakob Fuglsang (Astana).

Au départ de Bergame, à 10h30, sur le cinquième et dernier Monument de la saison, il faut à peine dix kilomètres pour voir l’échappée du jour se dessiner. Huit coureurs y prennent place, dont deux vainqueurs d’étape sur le dernier Giro, Fausto Masnada (Androni-Sidermec) et Cesare Benedetti (Bora-hansgrohe), un coureur victorieux sur la Vuelta en la personne de Rémi Cavagna (Deceuninck-Quick Step) mais également Davide Ballerini (Astana), Enrico Barbin (Bardiani-CSF), Toms Skujins (Trek-Segafredo),  Petr Rikunov (Gazprom-Rusvelo) ainsi que l’expérimenté Marco Marcato (UAE Team Emirates). Très vite, le peloton se décide à laisser le champ libre à ces hommes. Et si la Jumbo-Visma ne tarde pas à se placer en tête, elle laisse l’écart grandir à cinq minutes. Telle est l’avance des huit fuyards à l’entrée dans les 200 derniers kilomètres, après environ une heure de course. Se présentent alors les premiers reliefs du parcours, avec le Colle Gallo puis, plus loin, le Colle Brianza. Après ces deux ascensions, la mi-parcours est franchie et l’écart est encore relativement stable autour des cinq minutes. Ce n’est finalement qu’à cent bornes du but que l’allure commence à s’accélérer au sein du paquet, avec l’arrivée des formations Ineos et Movistar aux côtés de la Jumbo-Visma. Dans l’échappée, le jeune Russe Petr Rikunov est le premier à faiblir. Un peu plus loin, Davide Ballerini doit lui aussi abandonner sa place à l’avant, mais à cause d’un problème mécanique.

Alors, au moment de retrouver les bords du Lac de Côme, à environ 80 kilomètres de la ligne, on ne retrouve plus que six hommes en tête, avec un avantage réduit à quatre minutes. Juste le temps de se ravitailler qu’il faut ensuite aller chercher la première bosse importante du final, à savoir la Madonna del Ghisallo (8,6 km à 6,2%). Celle-ci se présente à 73 kilomètres, très exactement, de l’arrivée, et l’échappée vole immédiatement en éclats. Dans un premier temps, ce sont Toms Skujins et Rémi Cavagna qui prennent les commandes, mais au train, Fausto Masnada revient sur eux et les dépose ! Le jeune Transalpin insiste alors que derrière, Ineos imprime d’ores et déjà un train très rapide. Le peloton perd des éléments pendant que Masnada tente de faire fructifier sa présence en tête dans l’espoir d’aller le plus loin possible. Dans un premier temps, cela lui permet d’abord de passer en tête au sommet de la Madonna del Ghisallo, où sonnent les fameuses cloche comme de coutume. Dans son sillage Toms Skujins s’accroche et revient dans la descente. Un peu plus loin, Bob Jungels fait lui l’effort après avoir attaqué du peloton. Le Luxembourgeois se rapproche même à une minute du duo de tête au sommet tandis que le peloton, encore et toujours emmené par Ineos, passe avec deux minutes de retard. Après une descente très rapide et un mini bout de plat, les coureurs se présentent au pied de l’ascension de Sormano, décomposée en deux parties : une première roulante (5,1 km à 6,6%) et puis le Mur (1,9 km à 15,8%, max à 27%).

L’avantage de Skujins et Masnada est même réduit à 1’30 au moment de démarrer cette bosse cruciale. Le paquet, lui, est toujours sous la mène des équipiers d’Egan Bernal, qui neutralisent d’ailleurs rapidement une offensive de Simon Geschke (CCC), Pierre Rolland (Vital Concept-B&B Hotels) et Gianluca Brambilla (Trek-Segafredo) dans les premières pentes du Sormano. Jungels, pour sa part, continue sa belle remontée et s’en va d’ailleurs cueillir les deux hommes de tête à 53 kilomètres de la ligne, peu avant le Mur de Sormano. Mais avant même de l’entamer, Masnada est décroché. Ils sont donc deux à se présenter sur ces pentes vertigineuses avec une maigre avance de trente secondes sur le peloton. Une avance d’autant plus maigre qu’elle est réduite à néant en l’espace de quelques instants par l’attaque de Rafal Majka (Bora-hansgrohe) depuis le peloton. Le Polonais est en effet le premier à lancer les hostilités, et il est suivi par Ivan Sosa (Team Ineos), Michael Woods (EF Education First) et Pierre Latour (AG2R-La Mondiale) dans un premier temps. Ce quatuor prend quelques mètres sur le reste du peloton où de nouveaux contres font irruption. Parmi les nouveaux attaquants, Jakob Fuglsang (Astana), Giulio Ciccone (Trek-Segafredo), Ruben Fernandez (Movistar), Sepp Kuss (Jumbo-Visma) mais aussi David Gaudu (Groupama-FDJ).

Et si personne ne parvient à faire de différence nette à l’avant, c’est donc surtout par l’arrière que la sélection s’opère. Malgré tout, à l’approche du sommet, ils sont encore une bonne vingtaine à se tenir en quelques secondes, et si Ciccone insiste en compagnie de Majka, il ne peut empêcher un regroupement dans la descente. Les cinquante derniers kilomètres sont dès lors entamés et tous les favoris sont encore présents en tête. Au terme de la descente, effectuée à toute vitesse par Jakob Fuglsang, on dénombre 25 coureurs. Puis les coureurs retrouvent les bords du lac de Côme pour quinze kilomètres tout plats avant d’aller chercher le Civiglio. Cette portion de transition est alors comme souvent source de nouvelles offensives. Giulio Ciccone (Trek-Segafredo) re-tente, suivi par Ivan Sosa (Team Ineos) mais c’est finalement un duo composé d’Emanuel Buchmann (Bora-hansgrohe) et Tim Wellens (Lotto-Soudal) qui réussit à créer une brèche. Les deux hommes prennent dix puis vingt secondes et ce sont alors les équipiers de Primoz Roglic qui viennent imposer le tempo dans ce qu’il reste du peloton. L’écart est finalement maintenu à environ une demi-minute pendant plusieurs kilomètres alors qu’une dizaine de coureurs parviennent à recoller au peloton grâce un bel effort dans la descente puis sur le plat.

À 25 bornes de la ligne, soit à cinq du Civiglio (4,2 km à 9,7%), on retrouve ainsi une quarantaine d’hommes à la poursuite de Wellens et Buchmann. Le Belge et l’Allemand conservent 30 secondes au pied de cette avant-dernière difficulté du jour, où Thibaut Pinot avait construit sa victoire en 2018. Néanmoins, la Movistar embraye dès le pied au sein du peloton et Ruben Fernandez fait exploser plus de la moitié des concurrents, dont un certain Vincenzo Nibali (Bahrain-Merida). L’équipier de Valverde emmène dans sa roue une petite dizaine d’hommes mais finit par se relever après un kilomètre d’ascension extrêmement intense. Les favoris se retrouvent alors livrés à eux-mêmes, et Buchmann poursuit lui son effort quelques longueurs devant Alejandro Valverde, Primoz Roglic, Jakob Fuglsang, Michael Woods, Pierre Latour, David Gaudu, Ivan Sosa, Egan Bernal ou bien Jack Haig. Gaudu montre une première fois les dents, suivi par Woods avant que Sosa ne remette tout en ordre. Il faut finalement une attaque de Valverde pour dynamiter davantage l’épreuve. Le champion d’Espagne place une accélération tranchante, dépose Buchmann, mais ne peut se défaire de Woods. Puis, c’est Roglic qui décide de faire l’effort et de ramener sur son porte-bagage Gaudu, Bernal, Mas, Latour, Haig Sosa, Buchmann … et Mollema !

Dernier rentré, le Néerlandais profite immédiatement d’un moment d’accalmie et de temporisation pour proposer un contre. Effectué dans le bon timing, celui-ci est de suite concluant. En l’espace de deux minutes, le Néerlandais prend 30 secondes d’avance ! Derrière, personne n’ose faire l’effort si ce n’est Pierre Latour, qui ne cesse d’attaquer. À chaque fois pris en chasse, le Français s’y reprend à cinq fois pour finalement s’isoler en contre. Au sommet du Civiglio, il accuse néanmoins un retard de 15 secondes sur Mollema, contre 25 pour le reste des favoris.  Moins à l’aise en descente, Latour est rapidement repris après une accélération de Valverde. Et si Fuglsang prend le relais en tentant de faire le forcing parmi les poursuivants, Mollema gère parfaitement sa descente et en ressort avec pas moins de 40 secondes sur le contre ! Un contre où certains éléments font leur retour à l’instar de Buchmann, Yates ou bien Molard. Et c’est d’ailleurs après une relance du Français que Primoz Roglic se jette dans la roue et décide de se faire la malle … sur le plat, entre le Civiglio et San Fermo della Battaglia. Le Slovène fait immédiatement le trou sur le reste de la poursuite, mais ne reprend pas tant à Mollema.

L’homme de tête se présente en effet au pied de l’ultime bosse (2,7 km à 7,2%) avec 30 secondes sur le vainqueur de la Vuelta et 35 sur le reste des chasseurs. Il reste alors sept bornes à couvrir, mais Mollema ne faiblit pas. C’est en second rideau que l’action reprend de plus belle. Valverde et Woods redonnent de l’impulsion sur les premières pentes et permettent ainsi un retour sur Roglic à six bornes de la ligne, avec Bernal et Fuglsang. Ils sont alors cinq en contre mais une nouvelle fois, ça s’épie et ça se jauge. De son côté, Mollema ne se pose aucune question et, malgré une grosse attaque de Bernal, peut basculer avec 25 secondes d’avance ! En poursuite, on semble alors jouer battu et Valverde place d’ailleurs un contre au début de la descente. Il est un peu plus loin rejoint par Bernal et Fuglsang, mais le trio passe sous la flamme rouge avec plus de vingt secondes de retard sur Mollema, qui ne commet aucune faute avant de se présenter dans la dernière ligne droite. Il peut alors prendre le temps de se relever, de se retourner, de constater que le Monument est sien et enfin de savourer la plus belle victoire de sa carrière. Quelques instants plus tard, Valverde règle Bernal pour la deuxième place. Fuglsang échoue au pied du podium et Woods complète le top 5.

Classement

1 Bauke Mollema (Trek-Segafredo)
2 Alejandro Valverde (Movistar)
3 Egan Bernal (Team Ineos)
4 Jakob Fuglsang (Astana)
5 Michael Woods (EF Education First)
6 Jack Haig (Mitchelton-Scott)
7 Primoz Roglic (Jumbo-Visma)
8 Emanuel Buchmann (Bora-hansgrohe)
9 Pierre Latour (AG2R-La Mondiale)
10 Rudy Molard (Groupama-FDJ)

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