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Romain Bardet : « Rendre notre idéal un peu plus accessible »

Paris ne se situe pas exactement sur le chemin entre Clermont et Gandie, dans la province espagnole de Valence. Romain Bardet a pourtant bien fait un crochet par la capitale ce mardi pour dévoiler, en tant que mannequin d’un jour, le tout nouveau maillot d’AG2R-La Mondiale. Avant de s’envoler dans l’après-midi pour la péninsule ibérique, et rejoindre ainsi ses coéquipiers pour un stage de pré-saison, l’Auvergnat s’est également posé quelques minutes avec le petit groupe de journalistes, dont faisait partie Cyclingpro.net, ayant fait le déplacement. L’occasion d’évoquer l’année à venir sous toutes ses formes : dans son approche, dans son contenu et dans ce qu’elle représente.

Romain, comment abordez-vous cette saison ?

Bien, ça se passe bien. J’ai passé un très bon mois de novembre durant lequel je me suis régalé en tant que sportif. J’ai touché à beaucoup de disciplines. Maintenant, je vais retrouver quelque chose d’un peu plus conventionnel, plus sérieux, en rejoignant dès ce soir mes coéquipiers et le staff pour un stage en Espagne. Cela va nous permettre de poser les bases de la saison. Comme d’habitude, il y a un stage foncier avant une dernière respiration avec les fêtes en famille. Puis la saison sera vraiment lancée.

Quels autres sports avez-vous pratiqué ?

© ASO/Pauline BALLET

J’ai fait pas mal de course à pieds cet hiver, de la musculation et du VTT également. J’ai surtout essayé de composer avec les conditions climatiques proposées. Je voulais aussi rester un maximum en Auvergne pour profiter de la nature que je trouve magnifique à l’automne. L’hiver est arrivé de manière un peu précoce donc j’ai été contraint de faire du sport en intérieur, notamment la semaine passée, pour compenser. À l’orée de la saison, j’aime bien avoir différentes activités pour me construire une condition physique sans déjà subir la monotonie des longs entraînements sur route.

Aviez-vous hâte de replonger dans le vif du sujet ?

Jétais surtout impatient de confirmer l’an passé. Maintenant, nous sommes sur un plan où nous voulons continuer de construire. On a la chance de travailler sur des bases solides, sur du long terme jusqu’en 2020 avec l’équipe, donc ça nous laisse du temps pour mettre des choses en place. On espère que cela paiera dès 2018. Si les conditions le permettent, il n’y a pas de raison. En tout les cas, nous avons toujours cette volonté de tirer le meilleur de ce que la nature a pu nous offrir au départ. C’est excitant car c’est un projet dans lequel tout le monde est investi. J’espère que l’avenir s’annonce avec autant de promesses que ce qui a émergé depuis 2012.

Votre programme de début de saison est-il établi ?

Oui, il y a des chances que j’attaque ma saison du côté de l’Italie à Laigueglia avant, certainement, d’aller à la Ruta del Sol. Si tout se passe comme prévu, j’espère pouvoir revenir sur des courses qui me tiennent à coeur en Ardèche pour préparer au mieux les Strade Bianche.

Votre priorité restera le Tour de France ?

© ASO/Bruno BADE

Oui, le Tour, et j’espère le championnat du monde derrière. Ce sera le double objectif de ma saison 2018. J’aurai donc deux secteurs sur lesquels travailler. D’abord mon endurance, ma résistance, afin d’être présent sur des courses longue distance comme Liège-Bastogne-Liège et le championnat du monde. Puis, bien sûr, continuer à travailler comme on le fait depuis trois ans en vue du Tour de France afin de toujours y prendre du plaisir et essayer d’y performer le mieux possible.

Pensez-vous à la victoire ?

On ne s’interdit rien. Il est vrai qu’on a été au plus près de très belles choses depuis deux ans. Cela nous pousse à continuer dans ce sens même si on a bien que conscience que rien n’est acquis et que rien ne se fera dans la facilité. Pour l’emporter, il faudrait que tous les facteurs s’alignent, mais en tout les cas, on caresse un peu cet idéal et on a envie de se lancer à fond dans ce projet là.

Cela passe-t-il par du travail sur le chrono ?

© ASO/Pauline BALLET

Oui, mais pas plus pas moins que du travail sur mes points forts, pour être surtout décisif en montagne et aller chercher de belles victoires. Je pense que le parcours du Tour de France 2018 peut me convenir, avec beaucoup d’enchaînements d’étapes de montagne. On a aussi prévu de travailler le contre-la-montre par équipes car il sera déterminant vu le parcours. On ira également voir le chrono à Espelette, qui risque de constituer un effort assez atypique. C’est un Tour de France qui semble être dessiné pour les coureurs offensifs.

Est-que la participation de Chris Froome au Giro change quelque chose ?

Pas vraiment. Quand je vois la maitrise dont il a fait preuve à la Vuelta pour gagner son deuxième Grand Tour consécutif en 2017, en tant que qu’observateur, je pense qu’il n’a pas de souci à se faire quant à sa capacité à être performant sur deux Grands Tours au sein d’une même saison. Surtout en 2018, puisqu’il y aura une semaine de récupération supplémentaire entre le Giro et le Tour. Ils ont, chez Sky, une maitrise de la course. Chris Froome a remporté le Tour quatre fois donc il restera l’immense favori. Il faudra voir comment se passe le Giro, mais s’il s’en sort sans pépin de santé, il demeurera le grand favori à sa propre succession.

N’était-ce pas satisfaisait de voir Froome tenter un tel défi ?

© ASO/Alex BROADWAY

Je pense que c’est faire honneur au cyclisme de tenter cela. C’est une grosse prise de risque de sa part. Néanmoins, bien qu’il soit le grand favori du Tour, il y a une pléiade de très grands coureurs qui seront à l’affût. Je peux facilement lister cinq ou six favoris au Tour, à l’image de Quintana, qui l’abordera dans de meilleures conditions cette saison. Il y a beaucoup de coureurs qui feront du Tour leur objectif majeur en 2018, qui seront aussi très coriaces en vue de la victoire finale. Je pense aussi à Richie Porte qui va revenir avec encore plus d’envie. Dans l’hypothèse que Chris Froome soit un peu amoindri au départ du Tour, ce en quoi j’ai du mal à croire, il y aura énormément de concurrence. Je ne me focalise pas uniquement sur lui.


Vous avez vous-même doublé la saison dernière, Tour et Vuelta. Cela vous a-t-il été bénéfique ?

J’attends les premiers enseignements des compétitions. Je me laisse jusqu’à mon premier break, fin avril, pour tirer un bilan quant à ma progression physique. En tous les cas, j’ai repris l’entraînement avec beaucoup plus de fraîcheur que d’habitude. Plus d’envie, aussi, ayant terminé ma saison sur la Vuelta. J’avais besoin de ce break là. J’ai quand même beaucoup travaillé cet automne et j’espère vraiment tiré les bénéfices de cette grosse charge de travail qu’a été l’enchaînement Tour/Vuelta. En tout cas, comme je l’ai déjà dit, c’était une expérience parfois difficile mais que je ne regrette pas du tout car ça m’a vraiment forgé. J’ai hâte d’en tirer les meilleurs résultats possibles en 2018.

Doubler deux Grands Tours, est-ce quelque chose que vous pourriez à nouveau envisager ? Avec le Giro plutôt que la Vuelta ?

©Sirotti

Il faut bien comprendre les limites du corps humain, notamment d’un point de vue psychologique. L’étude de mon cas personnel a révélé que je n’avais pas les mêmes disponibilités mentales à la Vuelta que sur le Tour. Dans un souci d’être à 100% au départ du Tour, cela ne me semble pour le moment pas conciliable d’aller faire le général sur le Giro. J’espère que ça viendra avec la maturité, mais ça ne sera pas pour 2018.

Quid de la Vuelta, qui est parfois considérée comme la préparation idéale pour les Mondiaux ? Avec Innsbruck en ligne de mire, devrez-vous nécessairement y passer ?

C’est encore à l’étude mais en tout cas je pense que la courir pour le classement général et donc faire deux Grands Tours consécutifs à fond, c’est énormément d’efforts. Et je vois difficilement comment on pourrait avoir la fraîcheur pour être performant sur une course aussi exigeante que celle d’Innsbruck, en ayant 42 jours de course au plus haut niveau en à peine plus de deux mois. Pour l’instant la meilleure performance possible à Innsbruck passera par du repos, si le Tour est réussi, et une préparation spécifique pour une course d’un jour.

Qu’est-ce que vous ont apporté vos deux podiums sur le Tour d’un point de vue mental ?

© ASO/Bruno BADE

Cela permet de développer des automatismes, de valider des démarches, dans la préparation. Cela apporte évidemment de la sérénité au quotidien dans le sens où on peut se servir de ce socle là pour préparer la saison sur des bases solides et des bases qui ont fonctionné. C’est surtout dans cette approche là que c’est important. C’est aussi en étant régulier au plus haut niveau sur plusieurs années qu’on essaie de se rapprocher, petit à petit, de ce maillot jaune. L’envie est décuplée à mesure qu’on s’y frotte, donc c’est hyper stimulant d’un point de vue personnel.

Aussi, votre équipe AG2R-La Mondiale a encore réalisé un recrutement intelligent…

Chaque année, on a de nouvelles satisfactions, mais en aucun cas l’équipe ne souhaite se reposer sur ses acquis. Chaque année, on prend conscience de la volonté de se renforcer dans certains secteurs. C’est clair qu’à titre personnel, c’est dans le chrono que je dois progresser, mais l’équipe en tant que collectif veut quant à elle compter sur encore plus de coureurs dans les moments décisifs, elle veut pouvoir contrôler encore davantage la course, et essayer de forcer un peu le destin, à l’image de ce qu’on a essayé de faire sur le dernier Tour. C’est ce pourquoi tout le monde travaille. Chaque année, on agrège donc de nouvelles pièces au collectif pour rendre cet idéal un peu plus accessible.

Un mot sur le nouveau maillot ?

Il est plaisant. On est toujours heureux d’avoir de nouvelles tenues, encore plus lorsqu’elles s’accompagnent d’un nouveau design. J’espère que ce maillot aura une histoire aussi longue et belle que le dernier. J’espère que je développerai la même affection pour ce maillot là, en le montrant le plus souvent à l’avant de la course. On garde les couleurs historiques du groupe. Je pense que l’harmonie est réussie. Cela apporte un vrai coup de peps, un coup de jeune au maillot. J’aime beaucoup l’effet que donnent les manches blanches. Sur les vues de face, ça permettra aussi d’être bien identifiable pour les suiveurs. Si c’est un maillot de vainqueur du Tour ? L’avenir nous le dira.

Pour conclure, cela vous rassure-t-il de voir Jean-Christophe Péraud intégrer l’UCI en tant que Directeur technique et de la lutte contre la fraude technologique ?

Déjà, c’est une super nouvelle pour Jean-Christophe. Car avec son passé, à la fois d’ingénieur assez cartésien et très doué, puis sa carrière pratique de cycliste accompli, il va pouvoir amener des évolutions au sein de l’UCI. Il aura aussi un regard neuf sur ces thèmes là, sachant qu’il est sorti des pelotons il n’y a pas très longtemps. Il est très en phase avec les problématique du cyclisme actuel. C’est quelqu’un qui est aussi dans l’efficacité. Il a un vrai souci de trouver des solutions à court terme et je pense qu’il aura un vrai rôle pour clarifier les règles et permettre au cyclisme d’être plus intelligible.

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